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mercredi 3 juillet 2013

Photos de classe, vous avez dit ringard(es) ?




Memento : bien entendu, vous vous êtes équipé(e) des indispensables petites lunettes bicolores !


Je me dois de vous révéler que j'ai longtemps sévi dans le monde de l'enseignement, officiant déjà comme professeur particulier à domicile alors que j'étais encore étudiant, puis dans divers établissements du second degré. Le tout a duré une bonne vingtaine d'années, avant que je ne me mette à mon compte.

Et là, je dois affirmer qu'après avoir visité des centaines d'appartements, de chambres d'enfants et d'adolescents en ma qualité de prof à domicile, il est un objet dont je n'ai jamais aperçu le moindre échantillon dans les logements en question, et cet objet, c'est la traditionnelle photo de classe.

C'est quand même étonnant, non ? Des millions de photos de classe sont réalisées chaque année, mais, sitôt reçues, elles sont dissimulées aux regards par les familles. Et à cela, il y a forcément une raison !

Entre nous, y a-t-il quelque chose de moins artistique et de plus ringard qu'une photo de classe ?

J'en vois qui vont me répondre : "Oui, bien sûr : deux photos de classe !"

Et ils n'auront pas tout à fait tort ! La photo de classe : vous savez ?, des élèves alignés en rangs d'oignon sur trois ou quatre niveaux, la tête haute, la poitrine bien bombée, le petit doigt sur la couture du pantalon, flanqués à droite ou à gauche du maître ou de la maîtresse pour les élèves de primaire, ou du professeur principal pour les collégiens et lycéens...

Et ça vous génère un vrai remue-ménage dans un établissement d'enseignement durant une bonne journée, généralement en début d'année scolaire !

J'ai l'impression que, depuis que la photographie existe, toutes les photos de classe ont été conçues sur le même modèle que je viens de décrire. Autrefois, elles étaient en noir et blanc, puis vint le temps de la couleur. Tout récemment,  l'argentique a cédé le pas au numérique, et pourtant, toujours et partout, le même manque d'imagination.

Par parenthèse, je me suis laissé dire que la photo de classe était devenue un véritable marché captif, les mêmes officines intervenant tous les ans, voire des décennies durant, dans les mêmes établissements et produisant, bon an mal an, leurs séries d'alignements d'élèves en rangs d'oignon... Une vieillerie devenue tradition. Pourquoi changer une formule qui gagne, même si elle est absolument ringarde, tant que les établissements scolaires sont satisfaits ?

Des établissements scolaires satisfaits ? Il faut croire !

Le fait est que, depuis peu, des parents d'élèves, connaissant mon goût pour la 3D et ameutés par leurs propres enfants, qui trouvent bien de plus en plus ringarde la corvée annuelle de la sempiternelle photo de classe - ces jeunes qui ont fait le triomphe de films comme Avatar  ou l'Odyssée de Pi -, me soumettent des échantillons de photos de classe, anciennes ou récentes, en me questionnant : 

Vous pensez pouvoir l'améliorer ?

Et je leur fais toujours la même réponse :

Ça, ce ne devrait pas être trop difficile !

Même si, parfois, les anciens clichés ont mal vieilli, jaunis par la poussière et un trop long séjour dans l'humidité d'un tiroir voire d'une cave.

Alors on retouche, rectifie, gomme, bouche les trous, avant de convertir le bon vieux cliché argentique en une image visible en relief.


Et là, les parents, mais surtout les enfants, vous disent : 

Ouah, c'est dingue, mais comment avez-vous fait ?

Il ne manquerait plus que je leur refile mes petites recettes de cuisine !

Toujours est-il que le "buzz", disons plus simplement la rumeur, enfle, et que le bouche-à-oreille fait que je reçois désormais quelques dizaines d'images par courriel chaque semaine, aux fins d'une conversion en 3D.

Quelques échantillons pour illustrer mon propos.










Ça, ce sont des photos de classe classiques parmi la collection toujours croissante de ce que les familles me confient aux fins de "re-masterisation", comme on dit dans l'industrie du disque. Le moins qu'on puisse dire est que ce n'est pas l'inspiration artistique qui a guidé les professionnels responsables de ces clichés. Sur le dernier, le photographe a tout de même fait montre d'un peu d'imagination qui nous change de la platitude ambiante. J'aime assez également les élèves sous et sur l'arbre ou les petits guerriers armés de lances, le tout dans un décor qui eût mérité mieux.

Et dire que la photographie est un art. Mais le voilà dénaturé par des tâcherons qui en ont fait un objet presque honteux, que l'on planque, pour ne le ressortir que trente ou quarante ans plus tard, lors d'hypothétiques recherches du type "perdu de vue" ou "que sont-ils devenus ?".

Et dire qu'au temps du numérique, où l'on n'est plus limité par la taille d'une pellicule, on peut faire beaucoup mieux, mille fois mieux !

Mais j'entends d'ici les objections : "mais monsieur, une photo de classe "old fashion" (vieillotte), ça coûte moins de dix euros pièce aux familles, tandis qu'une photo artistique, ça va prendre plus de temps à réaliser, donc ça va forcément coûter plus cher !" (1)

Rigoureusement exact : la différence entre un bon vin et de la piquette, ou entre un restaurant gastronomique et un vulgaire fast-food. Cela dit, libre à chacun de boire et de manger n'importe quoi, juste par souci d'économie, voire d'acheter des photos de classe bon marché, que l'on va planquer vite fait, sans jamais les afficher nulle part, parce que trop moches !

Par parenthèse, les visages ci-dessus n'ont pas été floutés car je ne publie ici que des photos d'archives ou dont la publication a été expressément autorisée par les familles et personnes concernées.

Autre chose ? Quelque part dans Paris (Jardin du Luxembourg).



(1) Tous les travaux se font sur devis préalable. Prévoir, par exemple pour une classe de 28 élèves, six à huit prises de vue distinctes de l'ensemble de la classe, donc un peu plus de temps que pour une photo "old fashion".